vendredi 9 juillet 2010

Bonnes vacances!

Plage et mer
Photo: SToto98

Kenkyu Aïkido achève tranquillement sa première saison sportive. Merci à tous ceux qui ont donné de leur temps pour que vive l'association. Nous espérons vous retrouver l'année prochaine (reprise des cours d'aïkido le 6 septembre), pour une nouvelle saison ensemble.

Le club espère se développer l'année prochaine grâce à votre enthousiasme et grâce à notre nouveau dojo et son tatami de 120 m2. Nous seront heureux d'accueillir tous les nouveaux venus qui souhaitent découvrir notre art martial. N'hésitez pas nous contacter ou à nous rendre visite, débutants ou non, pour participer à nos cours de découverte.

Je vous souhaite de passer de très bonnes vacances! A l'année prochaine sur les tatamis!


                                           Julien Soubielle, président de Kenkyu Aïkido.

L'aïkido, une discipline de vie vers la voie de la non violence.

Qu'est-ce que l'aïkido?


L’Aïkido est un art martial japonais dont la caractéristique principale est d'utiliser la force et l'énergie de son assaillant en la retournant contre lui. Il vise à décourager l'attaque et non à vaincre son adversaire.

Aïkido signifie littéralement "Voie de l'Harmonisation" AÏ : union, unification, harmonie KI : énergie vitale DO : voie, perspective, recherche

AÏKIDO : " recherche pour l'unification des énergies vitales ".

Cet art martial fut créé au début du vingtième siècle par Morihei Ueshiba, et fait la synthèse des arts martiaux qu'il a étudié. Il repose sur le principe de projection ou d'immobilisation de son partenaire. On détruit l'attaque, pas l'attaquant. Il n'existe pas de compétitions.

Le principe de base est le mouvement d'entrée ou IRIMI. L'Aïkido conçoit tout mouvement comme un cercle ou une spirale. L'IRIMI permet de pénétrer au centre de ce cercle ou de cette spirale pour projeter son partenaire en utilisant la force de l'attaque.


Quel est le but de l'aïkido?


Au travers de sa pratique martiale, l'Aïkido a pour objectif d'améliorer les relations
entre les personnes en favorisant le développement harmonieux de chacun. Dans cette perspective, c'est à la valorisation mutuelle qu'il convient de s'employer et non à l'affirmation de soi au détriment de l'autre, et c'est la raison pour laquelle la compétition, qui glorifie le vainqueur, n'existe pas dans l'Aïkido.

L'objectif de l'Aïkido est extrêmement vaste et ambitieux. Il ne s'agit donc pas de le réduire à un ensemble de techniques de self-défense (même si cet aspect est également pris en compte). Il suppose une recherche permanente et un souci constant de perfectionnement tant sur le plan technique, physique que mental ou relationnel.


Comment pratique-t-on l'aïkido?


Dans le cadre de la pratique, les rôles de Uke (celui qui attaque, qui subit la technique et chute) et de Tori (qui est attaqué et applique la technique) sont d'égale importance et doivent être abordés avec le même sérieux car ils constituent les deux faces indissociables de la situation qui sert de cadre d'étude.

Dans cette même logique et conformément à l'objectif de la discipline, chacun doit s'efforcer de pratiquer avec la plus grande diversité de partenaires, représentants des types humains différents de par l'âge, le gabarit, le sexe ou le niveau technique. La tentation est souvent grande de ne travailler que par affinité, mais ce serait là limiter considérablement la portée de l'expérience qu'il est possible de vivre dans le Dojo.

La tenue traditionnelle pour la pratique de l'Aïkido est composée du GI attaché grâce à une ceinture ou OBI, et de l'HAKAMA, sorte de jupe-culotte noire, qui fait partie de la tenue traditionnelle japonaise. Il sert comme vêtement de travail, pour se protéger de la poussière,et comme tenue de cérémonie. Un grand soin lui est accordé. Les ZORI sont des sandales de paille, que l'on porte en allant vers le tatami.

Le travail de l'Aïkido est composé de plusieurs formes : Le travail "mains nues" est la forme traditionnelle de travail. Il se décompose en trois formes : Suwari Waza : les deux partenaires sont à genoux HamniHandachi Waza : l'attaquant est debout Tachi Waza : les deux partenaires sont debout.

Le travail avec les armes est un dérivé de la pratique à mains nues. Les armes utilisées sont le tanto (ou couteau), le jo (bâton d'un mètre vingt environ) et le bokken (sabre en bois). Les attaques au couteau se pratiquent essentiellement contre mains nues, alors qu'il existe de nombreuses applications techniques entre les différentes armes.

La progression se fait par degrés appelés " KYU " du 6ème au 1er KYU. Après le passage du 1er KYU, la ceinture noire est décernée à la suite d'un examen technique devant une commission de hauts gradés.

L'enseignement de l'Aïkido est assuré par des professeurs diplômés d'Etat. Des stages nationaux sont organisés tout au long de l'année par des experts japonais et des hauts gradés français.

La France est le pays au monde où l'Aïkido est le plus implanté. Il y a été pour la première fois présenté en 1951 par Maître Minoru Mochizuki et s'est dans un premier temps, développé grâce aux professeurs de Judo, fortement intéressés par cette nouvelle discipline. Le développement de la discipline a été continu depuis lors et s'est effectué dans un cadre fédéral qui n'a cessé d'évoluer pour s'adapter au mieux à une réalité en plein devenir.

dimanche 20 juin 2010

Première ceinture noire pour Kenkyu Aïkido!


Alors que notre club fête sa première année d'existence, nous sommes heureux d'annoncer la réussite à l'examen de 1er dan de notre élève et président, Julien Soubielle. Bravo à lui!




Film du passage de grade.

Jiu Waza : techniques libres d'aïkido.



Quelques techniques d'aïkido.
Tori : Georges Parmentier, 4e dan ;  Uke : Julien Soubielle, 1er dan.

lundi 31 mai 2010

La nuit des arts martiaux dans l'Indépendant.


6e place en haut : Georges Parmentier notre professeur.
5e place en bas : Julien Soubielle notre président.

Kenkyu Aïkido a participé au premier Festival des Arts Martiaux de Perpignan au côté des principaux clubs d'aïkido des Pyrénées Orientales. Les meilleurs clubs d'arts martiaux du département étaient présents pour assurer le spectacle. Karate, Judo, Kung Fu, Aïkido, Tai Chi, plus de trente disciplines étaient représentées devant plus de 2000 personnes.

lundi 8 mars 2010

Interview de Christian Tissier dans Aïkido Magazine.

Christian Tissier : rigueur et partage.



C’est avec son regard bleu glacier que Christian Tissier nous accueille dans son vestiaire, juste après un grand stage donné à Bruxelles . On le pensait inaccessible, difficile à aborder et c’est tout le contraire. Souriant, détendu, il nous met à l’aise rapidement. Mais dès que les questions fusent, c’est un homme rompu aux interviews qui parle rapidement et sans hésitation. Et là, surprise : il parle à cœur ouvert, disant ce qu’il pense sans détour, très loin du discours langue de bois auquel on aurait pu s’attendre de la part du chef de file de la FFAAA. Une interview étonnante où il livre ses pensées sur sa pratique et son enseignement. Des réflexions intéressantes qui viennent enrichir le débat de fond que nous avons entamé chez Aïkidoka Magazine.


Aïkidoka Magazine : M. Tissier bonjour. Plutôt que de ressasser votre jeunesse, vos années au Japon, choses que tout le monde connaît déjà, nous aimerions vous poser quelques questions sur votre pratique. Lorsque l’on vous regarde, on peut voir de grands et beaux mouvements. La recherche de l’esthétisme est-elle une composante importante de votre Aïkido ?


Christian Tissier : Quand je fais une technique, je ne recherche pas l’esthétisme. Le propos de l’Aïkido, c’est une recherche d’idéal de pureté par le geste en dépit d’une contrainte physique représentée par un partenaire-adversaire. Donc, dès l’instant où cette contrainte va être résolue, avec une recherche à la fois de précision, de placement, d’économie, le mouvement sera forcément de plus en plus pur. Et plus il est pur, plus il est naturel, donc esthétique. Mais il n’y a pas une recherche de l’esthétisme en particulier. L’Aïkido c’est un art, martial certes, mais c’est un art. Dès le moment où l’on utilise le corps avec cette optique, inévitablement on doit travailler la pureté du geste. L’esthétisme est la résultante de ce travail.

A.M. : Quand on vous voit pratiquer, on perçoit une grande décontraction dans le mouvement. D’ailleurs pendant le stage que vous venez de diriger, vous avez montré que lorsque survient un blocage, on peut passer à un autre mouvement pour dépasser ce stade et conserver cette décontraction.


C.T. : Ce n’est pas tout à fait exact. Dans ma conception de l’art martial, de l’étude en particulier, s’il y a un blocage il ne s’agit pas de dire : « je ne peux pas faire ça donc je fais autre chose ». Au contraire, s’il y a un problème, je ne l’élude pas, mais j’essaye de trouver une solution. Dans ce que je voulais montrer lors de ce stage, notamment sur kotegaeshi, c’est que bien souvent on ne peut pas aller plus loin dans une action pour tout un ensemble de raisons. Dès l’instant où l’on ne peut pas aller plus loin, ce n’est pas la peine d’insister, car cela signifie que l’on est arrivé au terme de cette action. Du coup, c’est une autre action qui s’enclenche, mais il n’y a pas de fuite.

Pour répondre au sujet de la décontraction, l’un des autres aspects du Budo est la suppression des craintes. Vouloir devenir plus fort que tout le monde n’a pas de sens. Il faut simplement travailler à supprimer ses propres craintes. C’est pourquoi tout le système d’éducation que l’on met en place vise à supprimer les sentiments de refus, d’exclusion, de non-communication. Plus on va gommer les craintes, plus on va aller vers les autres, mais cela ne signifie nullement que l’on va devenir invincible. A mon avis, plus une technique est maîtrisée, épurée, plus elle permet de travailler sur soi, de comprendre et de résoudre ses craintes et plus elle permet une communication aisée par le geste. La décontraction nait alors spontanément de tout cela.

A.M. : Au sujet de la communication, vous mettez un accent particulier sur la relation entre Uke et Tori, où chacun doit faire son maximum pour faire progresser l’autre. Mais bien souvent cet aspect est perçu comme de la connivence.


C.T. : C’est très mal interpréter cette relation que de voir les choses comme cela. Il ne peut pas y avoir de système d’enseignement sans code. Si on décide de faire un match de tennis, je vais venir avec une raquette. Mais si vous venez en face avec une batte de base-ball on va avoir du mal à jouer ensemble et à se renvoyer la balle ! Donc dans un système, quel qu’il soit, on va définir des codes : on a un Kimono blanc c’est un code ; on est sur tapis c’est aussi un code ; et puis le choix de faire katatedori en départ arrêté c’est encore un code, ce n’est pas une action. La preuve c’est qu’on ne tire pas, on ne pousse pas et on ne frappe pas. On laisse à l’autre la possibilité de travailler. On établit donc des codes et, par rapport à ces codes, on va pouvoir s’organiser et mettre en place la technique. Au départ il n’y aura sans doute pas beaucoup de sensations. Par exemple quand on va parler d’un tenkan qui est relié au centre, au départ on va surtout avoir un pivot, peut être le fait de regarder tous les deux dans la même direction, mais sans être relié l’un à l’autre. Si vous avez un Uke qui est meilleur que vous, lui va pouvoir vous mettre dans une situation qui permet de comprendre ce que vous recherchez.

Mais la finalité, et c’est ce qui moi m’intéresse, c’est de pouvoir pratiquer avec des gens qui n’ont pas les mêmes codes que moi, voire des gens qui n’ont pas de code du tout, et que ça fonctionne quand même ! C’est pourquoi j’aime bien prendre des gens que je ne connais pas, des gens qui sont débutants, des grands, des gros, des karatéka, des judoka. J’aime bien travailler avec tout le monde parce que je peux montrer que la technique peut fonctionner sans code : il s’agit là de l’application de la technique. Mais avant d'en arriver là, l’apprentissage de la technique ne peut fonctionner au départ que sur des codes.

Il y a bien sûr des systèmes d’éducation qui sont totalement différents du mien. On en trouve qui sont très rigoureux et très précis, mais parfois tellement ancrés dans leurs codes qu’ils en sont prisonniers et n’arrivent pas à en sortir. Et ça, c’est dommage...

A.M. : Pour résumer grossièrement, on dit qu’en Aïkido on se base sur deux grands principes : Irimi et tenkan. À vous regarder, on a l’impression que vous avez mis l’accent sur tenkan et les mouvements en spirales. Est-ce un choix délibéré ou simplement une forme de corps qui vous convient ?


C. T. : Je ne sais pas, mais très sincèrement j’ai la sensation de pratiquer plutôt un Aïkido d’Irimi. Mais peut être que cela ne se voit pas parce que pour moi la notion d’Irimi, ce n’est pas mettre la main dans la figure à chaque fois que le partenaire bouge ou me laisse une ouverture. La notion d’Irimi c’est avant tout aller au cœur du mouvement. Ma sensation de pratique vient pour beaucoup du Kenjutsu (Kashima Shin Ryu ; NDLR) et c’est un travail très direct. Après effectivement, cela dépend de ce que chacun va mettre dans sa définition d’Irimi ou de tenkan. Mais pour ma part, ma sensation, et aussi mon inclinaison d’esprit, sont telles que je suis plus Irimi que tenkan.

Pour ce qui est de la spirale, c’est encore un mouvement Irimi. La spirale possède un cœur. Aussi, à chaque fois que l’on va trouver le placement idéal autour duquel tourner, le mouvement va prendre de la vitesse en tournant, mais à la fin on rentre vers le partenaire. On est plein Irimi à ce moment-là !

A.M. : Vous dites souvent que l’Aïkido est un système d’éducation avec un support martial. Selon vous, qu’est-ce que les gens développent dans ce système ?


C.T. : Alors là, c’est très variable selon les individus. Mais si on parle de l’Aïkido en tant que système d’éducation, il faut se rappeler que le cadre est martial. C’est un cadre librement choisi. On pourrait choisir la peinture, la sculpture, le zen ou bien d’autres choses. Ce qui pousse les gens vers un art martial est parfois un goût pour la bagarre ou la confrontation, je n’en sais rien. Mais nous, on a choisi un art martial. Dans un art martial, il y a forcément les notions de contrainte et de sanction. Et c’est tout notre système d’éducation, dont le but est de progresser en tant qu’être humain, qui va reposer sur cette notion de martialité. C’est ce qui fait que chaque erreur doit être sanctionnée, soit par le professeur, soit par l’impossibilité de faire aboutir la technique. Mais cette sanction, comme ce n’est pas pour de vrai mais que l’on est sur le tapis, est une nouvelle chance pour recommencer. Il faut profiter de cette nouvelle chance, non pas pour recommencer la même erreur, mais pour relancer un mouvement dans laquelle l’erreur est gommée.

Quand on y pense les gens disent souvent : « progresser c’est faire mieux ». Je ne suis pas d’accord. Pour moi progresser c’est faire de moins en moins d’erreurs, de parfaire ses mouvements et de ne plus présenter d’ouverture. Or, le propre du Budo c’est l’absence d’ouverture, waki ga nai, c'est-à-dire ne jamais prêter le flanc soit par une action, soit par des paroles, soit par un désordre quelconque. Dans un de mes livres, j’avais repris une citation d’une école d’étiquette qui s’appelle Ogasawara. Sur le fronton de cette école, il était écrit « quand vous êtes correctement assis dans la position idéale, même le plus grossier des personnages ne doit pas venir vous déranger ». C’est notre propre comportement qui permet de ne pas laisser d’ouverture.

L’éducation martiale propose en fait ce que j’appelle les « constantes de la Voie», qui vont être l’attitude, la gestion de la distance et la vision. Ces trois constantes fonctionnent ensemble. Ce n’est pas très difficile à mettre en pratique, on peut dire que c’est déjà de l’art martial, mais il ne se passe rien encore : on n’est pas dans le mouvement. Pour entrer dans le mouvement, on va faire appel à un autre principe naturel, c’est à dire la technique. Pourquoi est-ce un principe naturel ? Parce que de tout temps les gens ont voulu développer des techniques pour faire plus facilement ce qui n’est pas facile à faire, tout simplement. Cette notion technique ne laisse pas de côté les notions précédentes. C’est donc quelque chose qui se rajoute. Une technique bien réalisée engendre une économie de mouvement, d’énergie. Le principe d’économie est aussi un principe naturel. Voilà ce vers quoi il faut tendre.

Là-dessus vous ajoutez d’autres principes, comme la communication, la recherche du geste pur, etc. Je pense qu’il existe des principes d’Aïkido que l’on n’a pas encore découverts, qui sont de l’ordre des principes naturels et qu’il faudra ajouter à notre système d’éducation afin de l’enrichir.

A.M. : À propos de principes naturels, on entend souvent parler de Ki, d’écoulement de l’énergie. Pourtant, vous n’en parlez pas beaucoup.


C.T. : Non je n’en parle pas parce que d’abord c’est trompeur. J’ai un bon vécu en Aïkido, j’ai fréquenté pas mal de maîtres, et je dois dire que ceux qui ont les techniques les plus pauvres sont souvent ceux qui parlent le plus du Ki. Ce n’est pas vrai pour tout le monde bien sûr, mais vu que c’est intangible, on ne peut pas juger du Ki.

Le Ki est inhérent à la personne. Il y en a partout, on sait l’utiliser ou non. Mais le problème fondamental du Ki est son bon écoulement. Si on reprend un peu le vocabulaire, on a le Ki et le Kokyu, qui est le véhicule du Ki. La traduction de Kokyu c’est respiration, mais pour être plus exact c’est en réalité l’échange des choses entre les choses. Donc c’est une respiration, mais avec la même idée que l’échange entre la pluie et le soleil, le jour et la nuit, etc. Le Ki est véhiculé par ces respirations de toutes sortes.

Si vous pratiquez les épaules bloquées au niveau des oreilles, le Ki ne s’écoule pas, n’importe quel acupuncteur vous le dira. Aussi, tant que l’on aura une technique imparfaite, il n’y aura pas de Ki, puisque pas d’écoulement naturel. À mon sens les gens qui ont vraiment du Ki ne le sentent pas, puisque tout se fait naturellement chez eux.

Alors, on peut développer des systèmes d’échauffements, des exercices de Qi-Gong, afin de travailler spécifiquement la respiration. Mais on peut aussi travailler spécifiquement la souplesse ou d’autres choses. Pourquoi faire cela ? Moi je considère l’Aïkido comme un tout qui a été bien pensé. Il n’est donc pas utile de se concentrer que sur un aspect de l’art, d’autant que c’est du temps pris sur la pratique. S’il faut travailler spécifiquement sa souplesse, on va chez un spécialiste comme un gymnaste par exemple. Idem pour la respiration. Mais il ne faut pas tout mélanger.Pour ce qui est du Ki, je préfère donc ne pas trop en dire. Je trouve que les discours à ce sujet sont souvent trompeurs.

A.M. : Votre parti pris est donc de favoriser la technique.


C.T. : Oui parce que la technique va débloquer le corps ! Une fois que vous avez débloqué le corps et supprimé les peurs qui bloquent le mental, le geste va être plus fluide, ce qui va permettre plus de kokyu. Si on ajoute une intention à ce kokyu, le Ki va arriver naturellement.

A.M. : Tout le monde connaît la relation très forte que vous avez eue avec Yamaguchi Senseï. Diriez-vous, en termes de pratique, que vous avez développé un autre style que le sien ou bien êtes-vous son fidèle reflet ?


C.T. : J’ai deux maîtres principaux qui ont eu une grande influence sur ma pratique. Ce sont le second Doshu (Kisshomaru Ueshiba ; NDLR), surtout en ce qui concerne les techniques de base, et Yamaguchi Senseï pour la technique en général, mais pour beaucoup plus que cela ; pour la liberté, pour le sens de l’application des techniques, pour la rigueur. C’était une relation filiale que j’avais avec lui, à tel point qu’à la fin de sa vie il se cherchait une maison sur la Côte d’Azur pour habiter près de chez moi. Alors, pour répondre à la question, je ne sais pas si je fais du Yamaguchi ou pas, car ce n’est pas mon propos en tant qu’enseignant. De plus, il ne voulait pas que l’on soit esclave de sa technique et cela ne lui aurait sans doute pas fait plaisir que je sois son clone. J’ai surtout intégré les principes qu’il m’a transmis.

A.M. : On entend parfois parler d’Aïkido d’avant-guerre et d’Aïkido d’après-guerre, en opposant ancien et moderne. Vous qui avez été acteur et moteur de l’Aïkido en France, qu’est-ce qui a changé selon vous ?


C.T. : C’est amusant cette question parce que lorsque je suis rentré du Japon, les gens ont dit que ce que je faisais était différent. Le problème c’est que je revenais de sept ans à l’Aïkikaï. J’avais donc plus conscience que c’était ceux qui étaient restés qui faisaient quelque chose de différent. Moi je ne répétais que ce que j’avais appris au Hombu Dojo. Je n’ai pas inventé les techniques. De plus, j’ai été reconnu par mes pairs dès mes 24 ans, j’ai été considéré comme un élève particulier du second Doshu, j’étais très proche de Yamaguchi Senseï, donc je pense honnêtement que je n’ai pas été acteur d’un changement dans la pratique de l’Aïkido.

Il ne faut pas confondre ce que l’on croit être l’Aïkido avec ce qui est réellement enseigné à l’Aïkikaï. Quand je suis arrivé au Japon, j’étais 2e Dan, je sortais tout juste de chez Nakazono Senseï et j’avais suivi tous les stages d’été de Tamura Senseï. Je pensais donc avoir un petit niveau. Mais une fois au Hombu Dojo, en voyant le Doshu, je me suis demandé ce qui se passait. C’était différent et mes certitudes ont dû être revues et corrigées. D'ailleurs, je peux dire qu’au début ça ne me plaisait pas. Je croyais que le Doshu piétinait sur place. En fait, je ne reconnaissais pas ce que j’avais l’habitude de faire. Ce décalage entre ce que l’on croit savoir et l’Aïkido sur place peut faire croire à évolution.

Cependant, c’est vrai qu’il y a une évolution, mais alors c’est celle des enseignants qui au cours d’une vie évoluent. C’est normal. Je me souviens de Miyamoto Senseï qui, à l’époque au Japon, pratiquait uniquement pour démonter son partenaire. Personne, à part le groupe dans lequel j’étais, ne voulait s’entraîner avec lui. Maintenant je vois un homme délicieux, qui fait attention à ses Uke sur le tapis, mais bon, il a 60 ans. Il a donc évolué, comme tout le monde. Ce que je veux dire c’est que, quand on a 20 ans il faut avoir 20 ans sur le tatami, et puis après on change de pratique, de statut et d’âge bien sûr...

Enfin, c’est vrai que l’Aïkido a évolué comme n’importe quelle activité, si on compare les Uke des débuts de l’Aïkido avec les gens d’aujourd’hui qui ont une image très différente de leur art et des techniques. Cela s’explique parce que les premiers Uke étaient des judoka. Aujourd’hui les pratiquants bougent plus spontanément, plus rapidement et donc forcément la technique n’est pas la même qu’aux débuts. On peut donc dire qu’il y a eu une évolution, mais je vais vous donner un exemple qui va vous faire comprendre ce que je veux dire. Quand j’étais gamin, même un karatéka de 3ème zone qui donnait un mawashi Geri au visage, ça nous laissait estomaqué. Aujourd’hui, n’importe quel gamin qui prend un jeu vidéo, il ne voit que ça. Et encore le bonhomme doit faire six fois le tour sur lui-même avant de donner son coup de pied. Les jeunes ne sont donc plus surpris, ils vivent même avec un fantasme des arts martiaux qui ne correspond plus avec la réalité. Avec l’imaginaire qui a changé, c’est aussi la vision des techniques qui a changé, donc leur application également. C’est normal. L’Aïkido évolue dans cette même optique. Et puis on ne peut pas dire que l’Aïkido est figé. Il évolue constamment et bien heureusement, sinon dans 50 ans il n’y a plus d’Aïkido ! Ce qui est immuable, ce sont les principes.

A.M. : À propos de principes et de fantasmagorie dans laquelle évoluent les jeunes qui grandissent avec une console de jeux vidéo entre les mains, avez-vous l’impression d’être en décalage avec les nouvelles générations en termes d’attitude et de valeurs ?


C.T. : Franchement je n’en sais rien. Peut-être que c’est le cas, mais je pense que les jeunes qui viennent à l’Aïkido font bien la part des choses. Déjà, ils acceptent tout un ensemble de règles, qu’ils n’accepteraient pas forcément à la maison d’ailleurs. Ensuite, ils respectent l’étiquette, la vie en groupe et viennent s’entraîner. Peut-être que l’on passe pour des dinosaures, mais ce qui est important c’est surtout le comportement que l’on a soi-même, l’exemple qu’on leur donne. Si nous sommes, en tant qu’enseignants, capables de détecter un jeune intéressé ou talentueux, eux sont également capables de voir si vous êtes un modèle, si vous avez une autorité naturelle, ou si vous êtes un vieux con. À mon avis, la communication est la clé de la réussite pour faire passer des messages aux jeunes, sans avoir à jouer les jeunes nous-mêmes. Il faut être franc, direct, et voilà tout.

Au niveau de la pratique, il ne faut pas croire que les jeunes ne sont pas capables de faire des efforts. Un gamin qui s’exerce sérieusement à la tecktonik ou au rap, il fera autant d’effort qu’un autre qui fera de l’Aïkido, car c’est tout aussi difficile !

dimanche 7 mars 2010

Quelques techniques d'aïkido.





Tori : Georges Parmentier, Uke : Julien Soubielle